Les animaux vont-ils au paradis ?

Ecrit par le 15 mai 2020

Beaucoup d’hommes sont tellement attachés à leurs animaux que certains comme Karl Lagerfeld (1933-2019) vont jusqu’à leur léguer des biens, les enterrer dans des cimetières. Les égyptiens momifiaient chats, taureaux, oiseaux et crocodiles. L’empereur romain Caligula (251-356) voulait nommer son cheval consul. Saint Antoine, ermite en Egypte, bénissait les animaux et cela se pratique encore les 17 janvier en Espagne. Plus tard, un autre Saint Antoine, celui de Padoue (1195-1231) parlait aux oiseaux et aux poissons.

Saint François d’Assise (1182-1226) louait Dieu pour la beauté de la création et en particulier des animaux, « nos frères ». Et ils ne sont pas les seuls saints à avoir aimé les bêtes ! D’ailleurs, toutes les espèces nous accompagnent au long des Ecritures. Elles montent dans l’arche de Noé, métaphore du salut. Certaines sont même utilisées comme images pour mieux nous révéler Dieu : colombe pour l’Esprit Saint, agneau mystique pour Jésus (notre Berger).

Les animaux travaillent pour nous et en voici quelques exemples : ils ont longtemps tiré nos charrues et nous ont permis des déplacements plus rapides. Ils nous nourrissent et nous habillent. Ils guident les aveugles, aident les handicapés moteurs, assistent secouristes et pompiers comme le saint Bernard, chien élevé par les moines dès le XIe siècle. Depuis le XIXe siècle, ils aident à soigner : zoothérapie, dont l’équithérapie des enfants autistes et la médiation animale. Trente millions d’entre eux ont participé à la seconde guerre mondiale dont 20 héroïques ont été officiellement médaillés !

Le vitrail représentant Saint Hubert dans les chapelles latérales de la cathédrale de Notre Dame de Paris.

Alors, pourquoi les animaux n’auraient-ils pas une âme ?

Le mot animal vient du latin anima, qui se traduit «  âme ». Si l’âme se définit comme le « principe vital » qui anime tout être vivant, comme « la forme de tout corps organisé », les animaux en ont une. Ainsi, pour les orientaux, toute vie est une étincelle de divinité. La réincarnation est une des caractéristiques de l’hindouisme et du bouddhisme. Les jaïns respectent la moindre bestiole, y compris celles que nous considérons comme nuisibles, par exemple: moustiques, fourmis, puces et poux…qu’ils évitent d’écraser.

Pour les croyants occidentaux, les animaux n’ont pas la même âme que nous, car la leur n’est pas « spirituelle » contrairement à la nôtre. Si juifs et musulmans appliquent certaines prescriptions alimentaires, ce n’est pas par respect des bêtes, mais au contraire parce que certaines sont considérées comme impures. Sur terre, seul l’être humain a été « créé à l’image et à la ressemblance » de Dieu. Les bestioles sont juste avant nous dans l’ordre de la création, comme la science de l’évolution le confirme.

Grâce à Dieu, leur âme est plus élaborée et performante que celle des végétaux, mais bien loin de celle des hommes. Leur être et leur agir restent matériels et prévisibles. C’est guidés par leur instinct de conservation qu’ils viennent spontanément à notre secours, comme les dauphins, qui sont comme nous des mammifères, et sauvent régulièrement des humains de l’attaque des requins qui ne sont, eux, que des gros poissons.

Certes, les animaux font preuve d’une certaine intelligence dans leurs stratégies pour se nourrir, séduire et se reproduire, élever leurs petits, se protéger (défense et abri). Mais il n’y a pas besoin de lire la Genèse, ni des livres savants, pour réaliser que les bêtes n’ont pas notre niveau d’intelligence. Ils n’ont pas non plus nos facultés d’abstraction. Ils ne sont pas philosophes, artistes, scientifiques ni théologiens. S’ils font des bêtises, nous les grondons comme des enfants. Nous souhaitons qu’ils nous obéissent. Mais ils n’ont pas comme nous « conscience » de la portée de leurs actes ; ils ne sont pas si libres ni responsables de leur comportement que les humains capables de raisonnements abstraits et de choix réfléchis et volontaires. Lorsqu’un carnivore tue, c’est pour survivre. On ne peut jamais reprocher « une faute », un « péché » à des êtres aussi « inconscients » et c’est ce qui nous les rend aussi si « sympathiques ».

Lorsque nous considérons que le chien est le plus fidèle ami de l’homme, ce n’est pas faux, mais pas vrai non plus, car c’est lui prêter des sentiments humains. « Il ne lui manque que la parole » entendons nous souvent dire. Et on s’amuse à la leur accorder dans les livres (contes et fables), les BD, les dessins animés et certains films comme « Didier ». En fait, nous savons bien que nous projetons nos idées et capacités sur des êtres certes souvent aimables mais inférieurs. S’ils communiquent entre eux (les scientifiques analysent leurs rapports sociaux) et même avec nous, ils n’ont pas de relation avec Dieu qui ne leur en a pas donné la possibilité !

Une petite histoire un peu bête mais amusante illustre ces propos : un père missionnaire en Afrique profite de son temps libre pour admirer la beauté sauvage de la jungle et s’y promener. Le voilà face à un lion. Il s’agenouille et prie : « Mon Dieu, faites que ce fauve ait une pensée chrétienne ! ». Immédiatement le lion s’agenouille et prie : « Mon Dieu, bénissez ce repas ! ».

Dès l’antiquité, Aristote (384-322 avant J.-C.) a identifié différents niveaux d’âme : âme biologique (végétative, commune aux plantes), âme sensible (sensitive et motrice, commune aux animaux), âme intellective (raisonnable et cogitative réservée aux humains). Saint Thomas d’Aquin (1224-1274) insistera sur l’unité et la transcendance de l’âme humaine qui occupe le « sommet de la hiérarchie des formes matérielles » en restant en bas de l’« échelle des créatures spirituelles ».

Mais démontrer qu’en raison de leur manque de spiritualité, il ne peut y avoir de Paradis réservé aux animaux ne veut pas dire que pas un chat ne traine dans les rues de la Jérusalem Céleste de la fin des temps (à bien distinguer de l’Eden, le jardin paradisiaque originel). Robert Louis Stevenson, petit-fils de pasteur, qui a écrit en 1882 « L’île au trésor », a affirmé : «  Vous pensez qu’il n’y a pas de chiens au ciel ? Et bien, je vous assure qu’ils y étaient bien avant nous ». Plus tard deux autres britanniques, amis et croyants, JRR Tolkien (1892-1973), catholique, auteur du « Seigneur des anneaux » et CS Lewis (1898-1963), anglican, auteur du « Monde de Narnia », défendront aussi le règne animal.

Il y a une vieille histoire d’un homme qui meurt et se retrouve sur une longue route avec son chien. Il arrive dans un bel endroit avec une enseigne “Ciel”. Il y est accueilli par des promesses de fraîcheur, de repos et de bien d’autres délices. Il s’y précipite, mais il est arrêté : « Je suis désolé, mais nous n’autorisons aucun animal ici ». L’homme répond : « Alors dommage, mais je ne peux pas entrer sans lui  ». Il continue donc patiemment sur un chemin plus étroit. Il marche et marche et est de plus en plus fatigué, sale et assoiffé. Après un virage, il voit un nouvel endroit également appelé « Ciel ». Encore une fois, il y est invité. Il explique qu’il n’ira pas sans son chien et on lui dit que ça va, qu’il peut l’accompagner. « Je ne comprends pas », dit-il. Par la première porte du Ciel, ils ne laissent pas entrer les bêtes. Oh, mais cet autre lieu, d’accès facile, en bas, n’est pas le paradis. C’est encore un piège de Satan, le menteur. C’est l’enfer. Il est là pour les gens qui abandonnent les animaux. »

Selon la légende et le poème, entre la Terre et le Paradis, se dresse le pont de l’arc-en-ciel… Toutes ces histoires et romans sont fantaisistes et plutôt destinés à des enfants ou aux côtés infantiles des adultes que nous sommes.

Quel est l’avis de l’Eglise ?

Dans sa lettre sur l’écologie, Laudato Si (du latin « Louons-Le »), le pape François explique que, pendant des siècles, on a considéré les animaux pratiquement comme des objets, qui n’avaient de sens que par rapport à l’usage de l’homme, alors qu’ils existent aussi pour eux-mêmes. Auparavant, en novembre 2014, lors de son audience générale hebdomadaire à propos du Paradis, il a suggéré que les animaux pouvaient aller au ciel :

« L’Écriture Sainte nous enseigne que l’accomplissement de ce dessein merveilleux ne peut pas ne pas concerner tout ce qui nous entoure et qui est sorti de la pensée et du cœur de Dieu. L’apôtre Paul l’affirme de manière explicite, quand il dit que « elle aussi [la création] sera libérée de l’esclavage, de la dégradation inévitable, pour connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu » (1). D’autres textes utilisent l’image du « ciel nouveau » et de la « terre nouvelle » (2), dans le sens où tout l’univers sera renouvelé et sera libéré une fois pour toutes de toute trace de mal et de la mort elle-même. Ce qui s’annonce comme l’accomplissement d’une transformation, qui en réalité est déjà en cours depuis la mort et la résurrection du Christ, est donc une nouvelle création ; ce n’est donc pas un anéantissement de l’univers et de tout ce qui l’entoure, mais l’accompagnement de chaque chose vers sa plénitude d’être, de vérité, de beauté. Tel est le dessein que Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, veut depuis toujours réaliser et qu’Il est en train de réaliser. »

Ceci a fait couler beaucoup d’encre car au cours de l’histoire, les avis des hommes d’Eglise et même des papes a finalement souvent varié et évolué récemment. Pie XI insistait sur la dignité de l’être humain, seule créature à posséder une âme (au sens spirituel) contrairement aux animaux. Cependant, Paul VI avait dit aussi à un petit garçon pleurant la mort de son chien « Un jour, nous reverrons nos animaux dans l’éternité du Christ. »

En fait, dans le langage courant, nous mélangeons ciel et paradis. Pour les théologiens, le Paradis est plus précis que le Ciel. Nous y verrons Dieu et vivrons continuellement en sa présence .Donc théoriquement NON, les animaux n’ont pas accès à ce Paradis (avec un P majuscule) ; mais OUI, ils vont au Ciel où toute la Création sera renouvelée à la fin des temps.

C’est l’Amour qui nous ouvre les portes du Paradis. Dieu est Amour infini et Il n’a pas fini de nous surprendre. Dieu comblera sûrement chacune de ses créatures selon ce qui lui convient. Et comme la vision béatifique (le Paradis) ne correspond qu’au bonheur de l’Homme, c’est ce qui nous attend. Les animaux auront probablement droit à d’autres bienfaits du Ciel (retrouver leurs propriétaires, recevoir de l’affection, être bien nourris et en sécurité, etc.). Et ne croyons nous pas en la résurrection de la chair qui n’est que matière ? Et la Création toute entière n’est elle pas appelée effectivement à ce renouveau dans l’Amour éternel de Dieu à la fin des temps ? Finalement, personne ne connait vraiment, ni précisément, ce qui se passe après la mort !

Alors qui sait si ces créatures que nous avons bêtement aimées sur cette terre n’accueilleront pas leurs maîtres au seuil du paradis ? « Ah, c’est vous le petit Bobbie ; et bien, voilà Rex qui n’a pas cessé de vous attendre depuis 50 ans ! ».

 


Notes

(1) La Bible, Lettre de Saint Paul aux Romains, Rm 8, 21

(2) cf. 2 P 3, 13 ; Ap 21, 1


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Commentaires
  1. Anne   le   1 juin 2020 à 11 h 52 min

    C’est très intéressant… Magnifiques références…
    Je vais essayer de rajouter deux poèmes de Francis Jammes sur les ânes… surtout “La prière pour aller au Paradis avec les ânes”
    Ils sont en haut de ma bibliothèque… donc juste le temps que je prenne l’escabeau. 😉

  2. Vétérinaire anonyme   le   3 juin 2020 à 2 h 06 min

    Après lecture de votre article, je pense avoir compris que l’église donne une âme, mais différente, aux animaux. D’où le fait qu’ils iraient au ciel et non pas au paradis. OK. Mais ne faudrait-il peut-être pas aussi mentionner le fait que, comme nous, les animaux ont conscience de leur personne (test du miroir), qu’ils rêvent… ? Contrairement à ce que vous dites, je ne pense pas que leur compassion ne provienne que de leur instinct de conservation (Par ex: http://www.futura-sciences.com/planete/actualites/zoologie-rats-preferent-empathie-partager-leur-chocolat-35294/). Le problème, c’est que dans l’évolution on a longtemps séparé l’Homme de l’animal à partir du moment où il a entrepris des rites funéraires, su utiliser des outils, a pratiqué l’élevage. Mais avec le temps, nous découvrons que les animaux sont capables des mêmes prouesses. Les capacités mentales d’un chien ont même été jugées comparables à celle d’un enfant de 2,5 à 3 ans! En plus de diviser l’âme et l’intelligence en différents niveaux, peut-être faudrait-il aussi diviser la spiritualité (ou mieux la définir). Parce que je ne sais pas si on peut parler de “manque de spiritualité des animaux”. Ils ont conscience de la mort (www.sciencesetavenir.fr/animaux/video-koko-le-singe-qui-sait-exprimer-son-deuil_101075). Et même si on ne les voit pas prier directement, pas mal d’entre eux pratique certains rites funéraires (eucalyptuseater.wordpress.com/2016/02/03/la-mort-chez-lanimal/; http://www.minutenews.fr/environnement/les-animaux-aussi-pratiquent-le-culte-des-morts-381649.html). Ou alors ça n’est pas de spiritualité qu’ils manquent, mais plutôt de croyance religieuse définie, du moins à notre connaissance 😉 ! Mais peut-être ais-je un problème avec la définition du mot de “spiritualité” qui pourrait être précisée quelque part?

    Je comprends que c’est un vaste sujet et que vous ne pouvez pas parler de tout. Je m’emballe un peu, parce que je pense toujours que nous sous-estimons les animaux, que nous ne les comprenons pas encore forcément suffisamment, et qu’ils ont leur propre forme d’intelligence… Il ne faut pas oublier que l’Homme est un animal à part entière lui aussi. Ce qui me dérange dans la religion, c’est que l’Homme y est souvent placé sur un piédestal par rapport au reste de la création (ce qui m’apparaît comme le signe d’un manque d’humilité), alors qu’en comparaison, quand il fait du mal, c’est consciemment… Ce qui est bien pire! Mais vous abordez déjà un peu ce sujet quand vous dites qu’ont ne peut pas accuser les animaux de leurs actes, parce qu’ils n’ont pas conscience du pêché. Au final, c’est ce que sous-entendait l’éjection des Hommes du jardin d’Eden: La perte de l’innocence par la conscience du pêché… L’Homme ayant été banni ne pourrait pas revenir au jardin d’Eden, mais pourquoi les animaux, eux, s’ils y ont gardé accès (?), ne pourraient-ils pas y revenir après leur mort? Je ne vois peut-être pas suffisamment la différence entre le ciel et l’Eden. J’essaye de voir ça d’un point de vue des écritures. Mais il y a aussi tout de même un bon nombre de balivernes écrites sur les animaux dans l’ancien testament (par ex sur les animaux damnés/maudits parce que nocturnes…). Donc c’est un peu une discussion sans fin.

    • La rédaction   le   8 juin 2020 à 10 h 51 min

      Merci de votre commentaire. Oui vous avez bien compris le sens de notre article. Par contre je ne suis pas du tout sûr que les animaux aient conscience de leur existence. J’ai une chienne, c’est vrai qu’elle rêve la nuit, qu’elle fait même des cauchemars où elle montre les crocs (!), mais de là à dire qu’elle sait qu’elle existe en temps qu’animal, je ne le crois pas. D’ailleurs, pour moi, les hommes ne sont pas des animaux, mais des êtres à part entière, avec une dignité intrinsèque. Ce qui fait que tuer un animal pour se nourrir, par exemple, n’est pas du tout la même chose que tuer un être humain (et ce pourquoi c’est passible des plus grands peines). Cela ne dérange donc pas du tout qu’on dise que les animaux ont des degrés moindres d’intelligence, de conscience et d’affectivité que les hommes, qui restent le sommet de la création divine.

  3. Michel... Mazaleyrat   le   4 juin 2020 à 17 h 08 min

    Cet article aborde avec la foi de son auteur mais aussi avec philosophie nos rapports avec ces êtres sensibles que sont les animaux. Ceci est d’autant plus important en ces temps où nos comportements dans l’écosystème humain sont de plus en plus prédateurs de la nature avec des conséquences souvent irréversibles. Il nous offre une voie de réflexion pour chercher les modifications à y apporter pour le préserver.

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