Jeanne d’Arc, sainte de l’Eternel

Ecrit par le 16 mai 2020

Gravure de 1903 de Sainte Jeanne d’Arc par Albert Lynch.

Alors que nous célébrons le premier centenaire de la canonisation de la Pucelle d’Orléans au milieu d’une crise sans précédent dans de nombreux pays, sa vie rappelle que la foi peut vaincre toutes sortes d’adversités. Un article de Solène Tadié pour le National Catholic Register, traduit pour Youeternity par Corinne Leowski, avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Tout en proclamant Jeanne d’Arc sainte, au terme d’un long processus canonique, le 16 mai 1920, le pape Benoît XV a affirmé que sa vie était « une preuve de l’existence de Dieu ».

Alors que ses exploits et ses vertus héroïques extraordinaires suscitent la fascination des gens de toutes les sensibilités, même loin de la foi chrétienne, le Pape avait alors souligné que tous ceux qui avaient tenté d’expliquer sa vie et son œuvre sans référence à Dieu « se sont perdus dans un dédale de labyrinthes inextricables ». En effet, alors que « la France est fière à juste titre de Jeanne, la Sainte Eglise triomphe également en elle », avait-il déclaré.

Ce vibrant hommage à celle qui a libéré la France des Anglais pendant la guerre de Cent Ans sonnait également comme un doux rappel adressé aux nombreux militants anticléricaux de cette époque qui la célébraient comme une pauvre victime des autorités de l’Église et s’appropriaient sa mémoire. Mais au-delà de toute controverse, cela illustrait l’universalité de l’héritage de Jeanne, dont d’innombrables personnes s’inspiraient encore, cinq siècles après sa mort en 1431, à l’âge de 19 ans.

Bien qu’il ait fallu plusieurs siècles pour que sa sainteté personnelle soit officiellement reconnue par l’Église, l’iniquité du procès qui a conduit à son exécution a été rapidement attestée par un deuxième procès, initié par le pape Calixte III en 1455, et qui l’a entièrement réhabilitée.

Un procès semblable à celui de Jésus

Cependant, la forte et durable popularité dont elle jouissait auprès des gens du commun n’a jamais vraiment atteint l’élite politique et intellectuelle avant le XIXe siècle, lorsque l’historien Jules Quicherat a publié l’historiographie très détaillée « Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d’Arc » (1841-1849).

Une grandeur d’âme

De plus, pour renforcer l’image de la Pucelle d’Orléans comme héroïne nationale, le rapport de ses procès et de son dialogue avec ses procureurs ont révélé, plus que toute autre chose, sa grandeur d’âme, la puissance de sa vie de foi et sa vraie sainteté. C’est précisément la lecture de ces rapports qui a conduit l’évêque d’Orléans de l’époque, Mgr Félix Dupanloup, à militer vigoureusement, dès les années 1850, en faveur de la reconnaissance des vertus religieuses de Jeanne. Il a initié sa cause de canonisation en 1869, un processus soutenu à la fois par la ville et le diocèse d’Orléans, qui n’a abouti qu’en 1909 sous le pontificat du pape Pie X.

Jeanne d’Arc a été canonisée une décennie plus tard, au lendemain de la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle elle est devenue l’objet d’une grande dévotion populaire, notamment dans les tranchées. Elle a également été proclamée – avec Thérèse de Lisieux – après la Vierge Marie, patronne secondaire de la France.

Très peu de personnages historiques peuvent se targuer d’avoir inspiré autant d’œuvres littéraires, musicales ou cinématographiques que Jeanne d’Arc. L’admiration que la plénitude et la pureté de son âme suscitent dans le monde entier transcende toutes les divisions idéologiques, comme en témoignent les diverses récupérations politiques auxquelles elle a été soumise, de son époque à nos jours.

Le père Christophe Chatillon, recteur de la cathédrale d’Orléans, où la sainte, présente en ville pour lever le siège contre l’armée britannique, a assisté à la messe le 2 mai 1429, a déclaré au National Catholic Register : « L’une des raisons pour lesquelles Jeanne d’Arc est si populaire est qu’elle incarne une figure de résistance et d’unité nationale, en vertu de ce qu’elle a traversé ».

Jeanne, symbole de l’unité

« Dans un monde très divisé, elle est devenue le symbole indispensable d’une unité retrouvée », a-t-il déclaré, soulignant le fait que bien qu’étant une femme, sa foi simple l’avait fait devenir l’un des plus grands chefs de guerre de son temps. Selon lui, l’impact particulier qu’elle a toujours eu sur la jeunesse s’explique par la grande cohérence entre sa foi et ses actes, ce qui fait d’elle un modèle crédible pour les jeunes générations en quête de sens. Ils ont le modèle d’une jeune paysanne dont la sainteté s’est construite simplement dans sa vie de famille, son travail quotidien, une fille engagée à 17 ans et décédée à 19 ans, après avoir accompli sa mission en libérant Orléans et en permettant au Dauphin Charles VII d’être roi de France », a dit le père Chatillon, révélant l’impact de Jeanne sur sa vocation, car son témoignage l’a aidé à traverser des moments difficiles durant son enfance et son adolescence à Orléans. « Son héritage peut nous aider de nos jours », a conclu le prêtre. « Elle peut nous aider à persévérer dans l’adversité, et cela correspond à ce que vivent notre monde, nos pays et notre Église. »

Une sainteté attestée par toute sa vie

La sainteté de Jeanne est attestée par tous les aspects de sa vie, y compris par son rôle de héros de guerre. En effet, sa biographie mentionne la miséricorde et la bienveillance dont elle a fait preuve sur le champ de bataille, notamment envers ses ennemis blessés. C’est cette véritable humanité dans toute sa plénitude que Christiane Rancé chérit le plus : cette romancière française a consacré une partie importante de son écriture à la vie et à l’œuvre des plus grands saints chrétiens, à qui elle a même consacré tout un « Dictionnaire amoureux ». « Ce n’est pas tant la Vierge guerrière que j’aime chez Jeanne, bien que j’admire tout à son sujet », a-t-elle déclaré au journal.

« Rien ne me touche plus que sa profonde humanité dans son extrême solitude. »

« En larmes, splendide et tremblante, la nuit précédant le bûcher, elle est restée incorruptiblement fidèle à la révélation qu’elle avait d’un probable Royaume de Dieu sur cette terre, vers lequel elle s’est précipitée avec toute son innocence, et pour lequel elle a accepté de mourir. Rien ne me touche plus que sa profonde humanité dans son extrême solitude. ». La sainteté de Jeanne d’Arc, selon Christiane Rancé, qui lui voue une dévotion particulière, est rendue incontestable par « l’intégrité de sa foi, sa confiance inébranlable et sa ferveur en Dieu ». Il suffit, a-t-elle ajouté, « de suivre la courbe de sa montée aux nues en Europe, au cours des deux décennies – encore moins, 19 courtes années – de son existence pour s’incliner devant l’évidence de sa sainteté. »

« Jeanne n’est pas une femme du passé mais une sainte du temps présent »

Comme toutes les messes et célébrations publiques sont toujours suspendues en France jusqu’à nouvel ordre, le vaste programme de commémorations initialement prévu pour le 100e anniversaire de la canonisation de la Pucelle d’Orléans a été considérablement perturbé, et la plupart des plus grands événements ont été annulés ou reportés à l’automne prochain. Pourtant, la grande communauté de fidèles des 14 diocèses impliqués dans l’histoire de Jeanne n’a pas l’intention d’abandonner l’idée d’honorer sa glorieuse mémoire pendant le traditionnel mois « Johannique », à travers une série d’initiatives créatives, y compris des sessions en direct avec les témoignages d’éminentes personnalités sur YouTube.

Le 8 mai, pour la commémoration de la libération d’Orléans par Jeanne d’Arc, une fresque géante en mosaïque représentant la sainte, composée d’environ 2000 portraits de jeunes âgés de 8 à 25 ans, a été exposée sur le narthex de la cathédrale d’Orléans (image ci-contre).

« Nous essaierons de remplacer et de mettre en valeur liturgiquement les festivités qui ont été annulées ou reportées par des célébrations privées à la cathédrale présidées par l’évêque d’Orléans Jacques Blaquart ; nous utiliserons tous les moyens possibles pour les diffuser sur les réseaux sociaux », a annoncé le père Chatillon. Il a mentionné en particulier la messe solennelle du centenaire de la canonisation, prévue le 17 mai.

Le but est que le diocèse organise autant de célébrations que possible pendant le « mois johannique » de mai, afin de montrer que la sainteté ne peut être soumise à aucune sorte de contraintes contingentes. « Nous voulons exprimer le fait que Jeanne n’est pas une femme du passé mais une sainte du temps présent qui est éternellement jeune et peut nous aider à faire face à toutes sortes de tribulations. »

 


Notes

(*) Solène Tadié est la correspondante du National Catholic Register en Europe.


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