Vous, de toute éternité.

Du cri à la supplication: voici trois attitudes d’une prière exaucée

Guérison de la fille de la cannanéenne

Chacun de nous a déjà vu au moins une fois dans sa vie une personne qui souffre d’une douleur atroce. Cela suscite toujours de la compassion. Une image forte de ce cas de figure est la vue d’une mère qui a le coeur déchiré par la maladie ou la souffrance de son enfant. C’est cette image que peint Saint Marc pour nous aujourd’hui. « Voici qu’une cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant: « prends pitié de moi, Seigneur, fils de David! Ma fille est tourmentée par un démon« . Le cri de cette femme a dû être terrible, puisque les apôtres ont dû dire à Jésus: « renvoie-là car elle nous poursuit avec ses cris! » Ce qui veut dire en fait qu’elle n’a pas appelé au secours une seule fois, ou seulement deux fois. Elle les poursuivait en criant. Elle a répété son cri plusieurs fois. Et elle criait tellement fort qu’à un moment les apôtres ne pouvaient plus supporter. On peut se dire qu’il y avait dans la prière de cette femme tout ce qu’il faut pour que la prière soit efficace. L’intention de prière est noble: elle demande la délivrance d’une enfant persécutée par les esprits mauvais. L’appellation est fantastique: elle appelle Jésus par un de ses plus beaux titres « Fils de David ». Jésus lui-même nous encourage à plusieurs reprises à nous tourner vers lui quand nous sommes en détresse, fatigué ou peiné. C’est lui-même qui a dit que si quelqu’un demande avec ferveur il recevra. Et c’est ce que cette femme faisait. On s’attendrait donc à ce que sa prière soit tout de suite exaucée par le Christ. Et là, Choc! Consternation! Stupeur! L’Evangile dit: « Mais il ne lui répondit pas un mot » Jésus? L’homme au coeur miséricordieux, plein de bonté et d’amour? Même pas un mot? Il aurait pu consoler, redonner espoir, calmer cette femme. Et là, Rien! Silence!

Que de personnes reculeraient à ce moment précis! Que de personnes changeraient de ton! C’est donc ainsi que tu es? Un menteur et pas un prophète! Que de personnes ont été déçus comme ça par un prêtre, par l’Eglise. Ils sont venus demander un service et ils ne l’ont pas reçu. On n’a même pas parlé avec eux, on ne leur a même pas donné l’occasion de s’expliquer. Et ils ont dit: « C’en est fini avec l’Eglise! Je ne mettrai plus jamais mon Pied là bas! » Et lorqu’ils l’ont dit; ils le font et vous ne les voyez plus à l’église. Il est difficile d’évaluer ce genre de situations. C’est clair que dans beaucoup de cas, le prêtre s’est mal comporté. Mais dans bien des cas aussi, ces personnes ont simplement échoué à l’épreuve. Elles se sont très vite énervés et leur orgueil ou leur excès de fierté ne leur ont pas donné de regarder en avant, au delà de leur conviction que c’est un droit pour eux de recevoir des services de l’Eglise. Pourquoi la femme de l’Evangile obtient le succès?

Première attitude: Dépasser ses préjugés

Ecoutons encore le début de l’Evangile:  » Et voici qu’une cananéenne venue de ces territoires disait en criant… » Elle a quitté sa maison, son territoire. Elle a traversé les frontières et est allé au delà du milieu dans lequel elle a toujours vécu. Je vois ici le signe d’une réalité spirituelle forte.

Dépasser ses frontières, aller au delà de ses limites intérieures, au delà de ses barrières, est quelque chose de particulèrement difficile. La plupart du temps, nous avons nos schémas et nos catégories: Je suis ainsi et pas ainsi, les autres sont comme ça et comme ça. Je ne peux jamais épouser un gars qui vient de telle région! Une fille de tel village ne peut pas être ma femme! Le monde, la religion, l’argent, la souffrance – Tout cela est déjà catégorisé par chacun. Et nous n’hésitons pas à répéter nos convictions à qui veut l’entendre. Pourtant nous savons bien que le point de vue dépend du point d’observation.

Dans la vie, il faut dépasser plus d’une limite pour se voir, pour voir le prochain, pour voir Dieu sous l’éclat d’une véritable lumière. Peut être cette femme avait déjà une idée préconçue sur comment sera la rencontre avec Jésus. Je vais aller le voir, je vais pleurer, je crie, j’éveille sa pitié. Et lui, en bon prophète, guérira mon enfant. C’était cela les limites de son point de vue. Le douloureux silence de Jésus suscite en elle de la consternation. C’est un choc mais aussi et surtout une invitation: Va plus loin. Franchis les limites de tes préjugés pour voir ce que tu ne vois pas, pour découvrir ce que tu désires découvrir. Voilà le moment décisif: Est ce que la femme va relever le défi, ou alors est ce qu’elle va s’en aller frustrée et déçue?

Deuxième attitude: se rapprocher de Jésus

L’Évangile dit: « Mais elle vint se prosterner devant lui en disant: Seigneur, viens à mon secours! »

Mais elle vint. Jusque là, elle était restée loin! Etait-ce par humilité sincère? Ou peut être préferait-elle rester loin pour ne pas croiser le regard de Jésus? Très souvent, nous crions à Dieu, nous prions des heures et des heures, nous sommes si religieux, mais en vérité nous restons loin de Jésus.

Cette femme vint à Jésus. C’est déjà quelque chose!

Troisième attitude: l’humilité pour reconnaître sa propre maladie

Ensuite, elle se prosterne. Jusque là, elle se tenait debout. Peut être que même dans sa douleur elle était hautaine. Que de fois les gens veulent être hautains dans leur souffrance. C’est une énigme compliquée. Je connais des personnes qui se complaisent dans leur situation de misère et en parle même avec fierté. Ces personnes discutent entre eux pour savoir qui a la pire des situations. Leur souffrance, c’est leur grandeur. Et ils n’ont aucune intention de s’en défaire puisque cela leur permet de justifier l’état lamentable de leur vie. Et c’est clair pour eux, qu’ils ne sont coupables de rien. Que leur malheureux destin est la faute des autres.

Il y en aussi qui voudraient sincèrement sortir de leur souffrance, mais en restant hautain. La femme cananéenne tombe la face contre terre devant le Christ Jésus et dit: Viens à mon secours. Elle ne crie plus. Elle supplie: Viens à mon secours. J’ai besoin d’aide. Elle ne parle plus de sa fille. Elle parle d’elle même.

J’ai été témoin plusieurs fois de ce genre de situations. Une maman qui vient me voir en pleurs et commence à se plaindre de son mari. Elle cite tous les péchés de ses enfants. Mais au fil de la conversation, il s’avère que c’est elle qui a besoin d’aide; que c’est elle qui a un problème intérieur causé justement par les problèmes difficiles qu’elle vit en famille. Frères et soeurs; bien aimés dans le Christ, savez pourquoi les problèmes du mari, de la femme, des enfants, des parents dont vous plaignez ne se résolvent pas? Parce que toi qui te plaint, tu refuses parfois d’admettre que toi même tu es spirituellement malade et que la situation que tu vis est ta dernière chance pour admettre et comprendre cela, pour sortir des limites de ton moi lorsque tu dis: C’est toujours moi qui cherche le bien de la famille, c’est moi qui me sacrifie toujours pour la famille. Mais non, la seule personne qui s’est toujours sacrifié pour tout le monde, c’est Jésus Christ, ce n’est pas toi.

La femme cananéenne avait un problème si grave que Jésus n’a pas voulu répondre à sa demande de guérir sa fille. Il voulait d’abord la guérir elle même. La santé de cette femme était plus urgente. Dans la plupart des cas, c’est les parents qui ont besoin du secours de Dieu. Ce n’est qu’après leur guérison qu’on peut espérer aider les enfants.

Permettez que parlant d’un thème aussi sérieux, j’emploie une anegdote pas assez sérieuse. Un jour, un homme amène son perroquet chez le vétérinaire se plaignant que le perroquet a la toux. Après examen, le vétérinaire affirme que le perroquet se sent parfaitement bien. Comment ça docteur? Pourtant, il n’arrête pas de tousser dit l’homme. C’est vous qui avez la toux monsieur et le perroquet ne fait que vous imiter reprit le vétérinaire.

C’est ainsi aussi que très souvent dans notre vie, on conduit nos proches chez les hommes de Dieu pour les prières de ceci ou de cela, on se préoccupe de leur conversion ou de leur délivrance, alors qu’en réalité leur attitude n’est que le reflet parfait de notre mauvais comportement à nous. La femme cananéenne cria pour la guérison de sa fille alors qu’elle avait peut être un problème plus grave. Lequel? Difficile à dire, puisque l’Evangile ne donne pas beaucoup d’informations à son sujet. Un fait curieux quant même est ceci: que ce soit elle et pas son mari qui vienne voir Jésus. D’habitude c’est l’homme qui initie une conversation d’une telle importance. Plusieurs fois dans l’Evangile, on voit bien que c’est l’homme qui demande le secours pour son enfant ou pour son serviteur. Il est logique que la femme reste près de l’enfant malade pendant que l’homme sorte chercher le secours. Vous allez me dire que peut être que cette femme était obligé de sortir elle-même parcequ’elle vivait seule ou était veuve. C’est possible. Mais remarquez qu’ailleurs, dans l’Evangile, on voit la veuve qui venait de perdre son fils être accompagné de beaucoup de personnes qui l’aident même d’ailleurs à porter son fils mort. Dans le cas de la femme cananéenne, on ne parle de personne qui l’accompagne. Je rappelle encore que je ne suis pas entrain de juger la femme cananéenne. Mais est ce que l’Evangile ne suggère pas que cette femme ne vivait pas avec son mari ? Peut être n’avait-elle jamais eu de maris? Ou peut etre l’avait-elle quitté? Ou peut être c’est le mari qui avait fui ne pouvant pas supporter ces cris qui avaient mis les apôtres mal à l’aise? On ne le sait pas! Mais on sait que sa fille était tourmenté par un esprit mauvais. Comment cet esprit mauvais avait fait pour gagner le coeur de son enfant? Nous n’en savons rien. Il y a cependant un indice dans l’Evangile. On peut déviner une maladie à partir du remède qu’on prescrit pour cette maladie. Qu’est ce que Jésus exige à la femme cananéenne? Que veut-il réveiller en cette femme? L’humilité. Une foi humble. Comme pour équilibrer son excès d’arrogance et son désir de commander tout et tout le monde. Peut être depuis des années, elle se plaçait au dessus de sa famille et de ses amis. Jésus veut donc la bousculer dans sa grandeur. en lui disant: « il n’est pas bon de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens« . Sans doute, la horde des démons de l’orgueil ont commencé à lui suggérer de ne pas s’humilier, de cracher sur ce faux prophète, de l’insulter puisqu’il a osé la traiter de chiennes! Mais que fait la femme? Elle donne une réponse qui me donne à chaque fois des larmes aux yeux: « Oui, Seigneur: mais justement, les petis chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres » comme pour dire: Seigneur, je ne suis pas digne et je n’en ai pas le droit. Mais s’il te plaît, ne serait ce que les miettes de grâce?

Et là, il se passe quelque chose d’étranges. Jusqu’ici on avait l’impression que Jésus insultait et humilait la femme. Pourtant toute son attitude avait pour but de sauver cette femme, de la guérir. Un peu comme le médécin qui est obligé parfois de faire mal au patient avec de l’alcool ou en opérant. Une fois que la femme reçoit la grâce spirituelle de l’humilité, que dit Jésus? Femme…! Le mot original qui est utilisé dans la Bible est une expression particulière par laquelle on désigne une femme pour qui on a du respect et de l’admiration. C’est ainsi que Jésus appelle par exemple Marie à Cana et au Golgotha. C’est ce même mot que Jésus utilise maintenant pour désigner la femme cananéenne. On voit comment le Seigneur admire l’humilité dans l’homme. On se souvient de ce que chante Marie dans le magnificat. Le Seigneur s’est penché sur l’humilité de sa servante. Pas sur sa foi, pas sur sa sagesse, encore moins sur sa beauté, mais sur son humilité: Il élève les humbles tandis que les orgueilleux seront toujours hors réseau. Parce que cette femme s’est abaissé, elle a obtenu des grâces spirituelles pour elle même et pour sa fille.

Cette histoire est un enseignement sur comment s’ouvrent les portes de la grâce pour nous et pour nos proches. Que les mamans et les épousent qui souffrent s’en inspirent. Que chacun de nous ici présent, menacé par la maladie de l’orgueil qui entraîne péché et souffrance, s’en inspire.

Les portes de la grâce s’ouvrent face à l’abandon des préjugés, le rapprochement à Jésus et l’humilité pour reconnaître ses propres maladies.

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